Un lecteur dont je ne retrouve absolument plus le commentaire disait quelque chose comme : “tu ne crois pas qu’il faut garder un peu de mystère autour du sexe ? Moi il y a des choses que je ne veux pas savoir” (désolée pour la citation mais ça ressemblait à ça).

D’après mon Larousse de poche (je me suis refusée à traverser le Rhin avec un vrai dictionnaire), un mystère est un dessert fait de crème glacée ce qui est obscur, inconnu, caché, secret.

Pour moi, préserver une part de mystère dans le sexe, c’est préserver une part d’ignorance. Autant je trouve intéressant de ne pas tout savoir de son partenaire sexuel (effet de surprise, tout ça), autant en sexualité elle-même, je ne dis pas qu’il faudrait être une encyclopédie à poils, mais j’estime quand même qu’une base généraliste et solide est nécessaire.

Plein de gens sont nostalgiques de l’ignorance, sur plein de sujets. Ils n’ont pas tort : le droit de ne pas savoir est un droit tout à fait légitime (et réaliste)… uniquement dans la mesure où on a aussi la possibilité d’accéder à l’information.

Au niveau de la sexualité, le savoir gêne. Au niveau émotionnel, le savoir provoquerait la déprime (”j’aimerais bien être stupide, je me poserais moins de questions“… on a tous entendu ça). Il a bon dos, le savoir, à force :)

Pour ma part, et ça vaut ce que ça vaut, j’estime que l’ignorance rend malheureux, parce qu’elle prive des recours qui permettent de surmonter les petites et grosses épreuves. Les gens que je trouve très intelligents sont généralement très optimistes, et drôles.

Et quand le savoir est trop “encombrant”, il ne reste qu’à l’apprivoiser. Il y a beaucoup de choses qu’on sait et qu’on oublie : qu’on va mourir, notamment. L’idée de la mort nous aide pourtant à profiter de la vie et à protéger ceux qu’on aime (enfin, avec un peu de bol).

C’est pareil pour la sexualité, à mon sens. Inutile de me focaliser sur les corps spongieux, mais toujours bon de savoir où sont les terminaisons nerveuses. Inutile de penser aux hormones déclencheuses de plaisir, mais en cas de gros stress, c’est cool de savoir pourquoi la machine est grippée.

Récupérer, ici ou là, dans les commentaires ou dans des livres, des bribes de savoir sur la sexualité, ça me met en confiance. Même si bien sûr, ça ébranle régulièrement mes convictions, et que ce n’est pas toujours agréable.

Il m’arrive pourtant de réagir comme le lecteur sus-cité - typiquement, quand on se met à me parler de viols ou de violences. Je ne veux pas savoir. A titre documentaire et lointain, j’ai besoin d’être au courant que ça existe (au cas où je me ferais agresser). Mais si j’allais m’infliger ça en profondeur, je pense que je me blesserais. Parfois, le simple fait de lire le journal blesse.

Sur ce site, normalement, je devrais - j’espère - ne jamais blesser personne. Il y a un juste équilibre entre faire l’autruche et jouer à se faire mal. Ensuite, il y a des sensibilités personnelles, et des fois on touche fort et juste. Je ne compte pas faire exprès, en tout cas. Je ne compte pas non plus faire des posts aussi longs tous les jours, mais au secours, arrachez-moi ce clavier des mains.

Bref : laissons le mystère aux personnes, et la connaissance aux faits. Toute la différence entre la théorie et la pratique :)



  1. legnoch

    Alors là bravo ! Ce post est particulièrement brillant !

  2. lunis

    Salut,

    Je voulais juste te féliciter pour la clarté dans tes propos. Tu sais ce que tu veux dire et tu parles bien. C’est un plaisir de te lire.

    Bravo.

  3. brol

    Ne pas savoir… C’est curieux ce recours qu’ont certains de croire que l’ignorance choisie serait un rempart à la maladresse, à la souffrance !

    Je crois que nous avons tous des choses non connues des autres. Pour ma part, je ne parlerai pas de secret, parce que le secret c’est, à mon sens, un truc non assumé, pas forcément cracra mais juste pas assumé.

    Je n’ai pas de secret mais ça ne m’a pas empêché d’être blessé ici. Je constate, je ne me plains pas. Je constate…
    Que le propre de l’Homme serait notamment de procréer, que cela serait dans mes gênes. Ah bon. Je suis un mec, je suis programmé pour me reproduire sauf que je suis stérile. Je fais quoi, je deviens quoi ? Un truc inutile ? Parce qu’il me manquerait quelque chose ?

    Je n’ai pas de secret mais ça ne m’a pas empêché de blesser mon mariage. Ma méconnaissance de la sexualité du côté féminin due à mon peu d’expérience et ma stérilité ont, notamment, participé à l’aboutissement présent : un divorce.
    Je constate toujours.

    J’ai bien la frousse que cette incapacité à procréer soit un frein à une future relation durable car la construction à deux implique la construction d’une famille (surtout à mon âge), j’ai bien la frousse de vivre seul longtemps parce que je suis quelqu’un de facilement intimidé par la gent féminine, mais ce n’est très certainement pas dans le secret que je gagnerai du plaisir, du bonheur ou me préserverai de potentielles souffrances.

    Alors, comme je ne peux pas trop faire grand chose pour la stérilité, autant bosser sur ma méconnaissance du plaisir féminin, j’en prends parfois plein la gueule, et j’essaie de ne pas sombrer dans l’auto-flagellation.

    Désolé du HS.

    (sans rapport, c’est pénible de ne pouvoir prévisualiser son commentaire avant envoi quand on est bavard)

  4. DJIanis5552

    Très bon post, mais au final, je suis d’accord avec vous deux =/

  5. damien

    Chère Maïa, on serait sur 20six, je te filerais tous mes bonbons tellement je suis content de pouvoir enfin te relire !

  6. Elie

    Le mystère vient s’étendre ôu la fascination rencontre le mépris.
    Loin d’être un refus du savoir, il est un refus de l’ignorance au sens socratique du terme (c’est à dire la possibilité de connaitre). Il est tout entier incitation à la spéculation, bestiaire et grand mécanisme célèste.
    Je pense à son exemple le plus pernitieux:
    le fameux mystère féminin qui consiste essentiellement en la négation de son orgasme et des considérations archaîques sur son rôle social.
    L’interet majeur du mystere est d’être localisable.
    “Le mystere du Loch Ness”, les “disparus de l’Yonne” et même la femme comme lieu! (exotique, etranger et hostile même apres sa conquête).
    A l’endroit précis du mystere, les raisonnements habituels échouent, les lois semblent inopérentes, la physique est contredite.
    Ici l’amateur de mystere est à son aise. Plus besoin de remettre en cause ce qui était “sû” jusqu’alors ou de déjouer des illusions. Le mystere “prouve” par son opacité l’éxistence de vérités cachées et de grands systèmes dont les contradictions apparentes avec le “monde normal” renseigne sur sa supériorité ou sa dangerosité.
    La souffrance inhérente à l’inacceptable est commuée en vague excitation ôu fleurissent les paradigmes et les insomnies rassurantes.

    En recherchant l’étymologie de “mystere” j’ai fini par me dire que dire que le lecteur qui a écrit “qu’il faut garder un peu de mystère autour du sexe ” n’a peut-être tout simplement pas envie que tout le monde y soit initié !

  7. Elie

    Dans la derniere phrase j’ai écrit deux fois “dire que”.
    Cloue la bite du codeur jusqu’à ce qu’il ait implémenté une fonction edit. (j’espere que c’est Netsabes qui s’en occupe, hin hin hin!)

  8. brol

    Ou une fonction “prévisualiser”, plus simple à mettre en place a priori.

    Intéressante cette idée que le mystère gardé implique une notion de pouvoir. Intéressante mais tellement triste au final.

  9. Vinz

    Plus on apprends de choses, plus on se rend compte qu’on ne sait rien. Ou bien c’est qu’on apprend mal.
    Je pense pas que le mystère est quelque chose d’indépendant de notre volonté. Même si on ne se cache rien, on peut “créer” un peu de mystère quand on en a besoin. Connaître son partenaire sexuellement parlant peut stimuler l’imagination pour trouver quelque chose de nouveau, vous ne pensez pas?

    Quant à la nostalgie de l’ignorance, ben c’est pas de bol… L’ignorance subsiste tant qu’on en a pas conscience. Dès qu’on est “flared up”, elle disparait et on ne peut plus la récupérer telle qu’elle était.
    En d’autre mot, on ne profite jamais de l’ignorance de manière consciente, le cas échéant celle-ci s’évaporerait.
    A partir de la, à quoi bon être nostalgique de quelque chose que l’on a pas vraiment vécu???

  10. Enforcer

    Beuh… franchement déçu là… ça dérive de plus en plus en blog philosophique… un peu de temps en temps pourquoi pas mais là ce post n’a qu’un rapport plus que lointain avec le sujet de base du blog… en plus pour ce que ça apporte en reflexion personnelle… dommage.

  11. roidesaba

    @ brol :
    Je ne pense pas que ta stérilité puisse etre un frein à tes ardeurs. Je pense au contraire que, stérile ou pas, tu souffres d’un problemes commun a beaucoup d’homme (dont moi) : la timidité, tout simplement.
    En ce qui concerne la stérilité pure, la réponse est assez simple, si l’idée d’adoption n’est pas venue d’elle meme dans ton couple, alors etait-ce vraiment un couple basé sur l’amour et le respect ?
    Enfin, moi je dis ca, du haut de mes 20 ans je suis probablement trop romantique.

    @ Maïa :
    Je suis globalement d’accord avec toi.
    Le mystere dans la sexualité, ca peut etre fun. Quand tu teste quelquechose de nouveau, c’est marant de pas savoir ou ca va te mener…
    De plus, le mystere dans la personne peux parfois être un frein. Combien de fois m’est-il arriver d’avoir envie d’un peu de fantaisie, et de pas oser en parler a ma partenaire, parceque je n’avais aucune idée de sa réaction…

    @u webmaster :
    Bah oui, la prévisualisation, c’est pour quand ??? C’est pas tres difficile a implémenter ce genre de truc, et c’est diablement pratique ;)

  12. roidesaba
  13. Need L

    Ca devient trop complexe pour moi la >< dès le matin alors que j’ai encore le cerveau en steak haché …

    Je pas tout à fait d’accord sur le fait que l’ignorance rend malheureux : tout simplement parce que il à plusieurs forme d’ignorance; celle dont on est consciente et celle dont on en est pas.

    Par exemple, dans ma classe (je suis encore au lycée) il y a (malheureusement) beaucoup de personne qui n’ont pas grandi , de vrais enfants de primaire, impossible de leur parler philo ou encore amour. Et la je me suis dit :
    “Mais alors, si il n’ont pas conscience des choses de la vie, il ne déprimeront jamais ?”
    (sans faire l’apologie de la déprime ou de la déprésion…bien au contraire, d’ailleurs)

    Et a contrario, personellement je sais que je suis ignorant, je suis avide de savoir mais je me retrouve souvent buté face à mon manque d’expérience et les limites de ma culture. Ca, ca me bouffe. (mais bon, je relativise, on peut pas tout savoir non plus n_n)

  14. Maïa

    J’essaierai de poster un truc un peu plus léger aujourd’hui :)

  15. éric

    Maïa a écrit :

    J’essaierai de poster un truc un peu plus léger aujourd’hui

    Euh… j’allais faire une vilaine plaisanterie phallocrate mais étant nouveau céans, je vais finalement m’en abstenir.
    Sinon, à part ça, euh… Ah, tiens ! On sonne …

  16. remouk

    @roidesaba: Merci mais on connait déjà, le problème c’est qu’ils sont tous buggés ou obsolètes. J’attends la réponse d’un des auteurs sur les bugs relevés. ;)

  17. biolo

    Lu il se peut que ce soit moi meme qui ai parlé du mystere dans la séxualité dans l’article concernant les fameux costumes pour jeunes fillettes innocentes et c’était en rapport avec l’adultalisation des enfants.

    Suis-je le mystérieux lecteur maia?

    Sinon je pense qu’il ya plusieurs “phases” je dirai dans une vie sexuelle “normale” avec une période découverte de l’autre et c’est tellement bien de toujours découvrir de nouvelles choses le mystere est intéréssant quand on le perce (pas de jeux de mots siouplait)
    Ce serai bien moins drole si on savait tout d’avance mais évidament ca reste spécifique a certains sujets comme le sex ,kestion viol vie et mort etc c’est une autre histoire.

    Pour finir je suis totalement d’accord sur le fait qu’il faut positiver etre optimiste se dire qu’on est bien ou on est et vive la “philo” sur les sexblog ca fait pas de mal au cerveau

  18. Zéphiriel

    Très bon article, bravo, et je suis n grande partie d’accord sur le l’ignorance et l’accés à la connaissance. (on s’en fout mais c’est cool)

  19. Laurent

    Je ne sais pas si on peut qualifier de volonté d’ignorance ton refus d’entendre les détails d’un viol.
    Un viol c’est horrible quels qu’en soient les détails, il n’y a pas grand intérêt à en savoir plus sur le sujet : ces détails ne servent à rien d’autre qu’à renseigner sur la cruauté du violeur, la souffrance de la victime et éventuellement la fascination du rapporteur pour ceux-ci. On ne gagne pas grand chose à les connaitre.

    Ceci dit, avoir peur d’une image, d’une pensée, fut elle horrible mérite peut être un (petit) travail sur soi : crois tu vraiment que ce qui n’existe que dans ton imagination peut te faire du mal ? :)
    C’est une chose d’avoir peur, c’est autre chose de laisser cette peur modeler qui nous sommes et ce que nous faisons, au vu de ce que je lis ici, tu as l’air assez forte pour la surmonter sans séquelles :)

  20. brol

    Je ne crois pas que le fait d’être confronté à quelque chose de traumatisant ait un rapport avec de la force. Quand je pense “traumatisme, horreur, meurtre”, ce n’est pas sur la force que j’ai pu compter mais sur l’entourage et le temps indispensable pour faire le deuil, voire pour parvenir au pardon vis-à-vis de l’agresseur. Mais bon, je la ferme. Encore HS, damned, aurai-je un blocage à ne pas savoir parler sexualité ? ;-)

  21. Sylva1n

    Maya,

    sur cette question de savoir/ne pas savoir, permet-moi de citer Kobal2, en anglais dans le texte :

    I can’t remember who said that humor was like a frog that you could dissect to know and understand how it works, but by then it’s not alive anymore. I think it applies to many things. In fact, scratch that, I believe it applies to everything, from emotions to people to stories, that you’ve got only two choices - you can either feel things and ride their waves, and flow in with them, and let them rule you of course, or you can understand them but the second you start to question the why how when where, it’s gone. Because it’s easy to understand anything, but when you truly understand, you can never feel again, you know where things go, you start to expect the next move, you see the ropes. And you can never go back.

    And the saddest part of it is, while you’re feeling things, you can never express them, you can’t explain, you can’t talk, draw, compose or write about the way you feel, because it doesn’t come out right, it’s always flawed, right from point A, and in search for a way to make people get how you feel, and make them feel it too, you start to understand. And when you understand, then you can write about it perfectly, but there’s no point anymore, because what you’re talking about is dead, and cold, and won’t ever fly again. And I know I messed up quite a lot of things in my life that way, so when I see that pattern being “forced” upon me, I can’t help feeling bad I guess…Does this make any sense ?

    Ce qu’il dit s’applique parfaitement à l’amour et à l’humour, peut être aussi à la sexualité, non ?

  22. Harold

    C’est pareil pour la sexualité, à mon sens. Inutile de me focaliser sur les corps spongieux, mais toujours bon de savoir où sont les terminaisons nerveuses. Inutile de penser aux hormones déclencheuses de plaisir, mais en cas de gros stress, c’est cool de savoir pourquoi la machine est grippée.

    Voilà, Apeu-pristes FTW !

  23. Eracius

    Je suis optimiste et drôle \o/

    ..pardon

  24. Br0m

    Je suis avide de connaissances, quelles qu’elles soient, mais parallèlement ce sentiment de ”j’aimerais bien être stupide, je me poserais moins de questions“ m’est très familier. Comme pas mal de gens je suppose.

    Pour autant je pense c’est un faux problème. Serais-je moins malheureux si j’en savais moins ? Le problème n’est pas là, j’aurais alors certainement d’autres sujets d’affliction. Comparer les “malheurs” ne mène à rien. A part ça moi ça va; et je disgresse si je veux.

    Pour en revenir au cul, quelquepart j’en ai rien à faire que bobonne aie une terminaison nerveuse des grandes lèvres d’une densité supérieur à la moyenne, du moment que je sais ce qui la botte et réciproquement.

    Tout ça pour dire que le propos de “M.Mystère” était peut-être plus de privilégier la magie d’une connaissance empirique et tacite de son partenaire plutôt qu’une formalisation froide verbale de ses désirs. Deux partenaires physiquement à l’écoute l’un de l’autre n’ont pas forcément besoin de beaucoup de mots.

    Bonjour chez vous o/

Votre réaction ?


Vous pouvez utiliser les balises suivantes : <a href=""> <b> <blockquote> <code> <em> <i> <strike> <strong>



Brèves

  • Vrac #32

    Les touffes les plus trendy du moment sont ici. Vous connaissez BienBienBien, voici BiteBiteBite, avec plein de pornographie féminine dedans. De la cuisine à base de sperme. Et 20 centimes la capote pour 2009 (si vous l’achetez par 100, soit une année de sexe selon les normes en vigueur) !

  • Maintenance surprise

    Le flux RSS, outil magique qui permet de suivre Sexactu sans passer sur Sexactu, est tout cassé depuis quelques heures. Si tout va bien, il devrait revenir tout seul dans le courant de la journée de mardi. Sinon, il faudra continuer à lire Sexactu en passant sur Sexactu.

  • La pilule bleue remplace les casques bleus

    La CIA se sert (entre autres) de Viagra pour rallier à sa cause les chefs de guerre en Afghanistan. Tous les moyens sont bons ! (Ah bah, je suis en retard, le Figaro a déjà sorti l’article en français.)

  • Citation directe

    “… Les femmes préfèrent d’ordinaire conserver un certain mystère dans la croyance erronée que le mystère ajoute une touche d’érotisme à la relation, alors que la plupart des hommes sont au contraire violemment excités par une approche sexuelle directe.” Houellebecq, La possibilité d’une Ile.

  • OMG OMG OMFG

    Alors c’est NSFW, donc les mineurs et travailleurs s’abstiennent de cliquer, mais voici le meilleur porno de tous les temps. J’espère qu’ils ont utilisé du colorant alimentaire.