Parce qu’il fallait bien que mon diplôme de linguistique me serve à quelque chose, ce que je trouvais a priori le plus passionnant dans l’idée de l’exposition de la BNF (vue avec Maïa), c’était la délicieuse liste de termes sexuels démodés que présentait le flyer. Liste que voici :
guenuche • sirop de navet • rouscailler • canichon • macrotin • agacer le sous-préfet • beluter • ardillon • crapaudine • gamahucher • violon • bichette • gober le merlan • avant-scène • hérisson • bahut • beliner • callibistri • éplucher des lentilles • fricarelle • gabahoter • marmotte • mentule • perroquet • aller aux fraises • secouer le cartouche • tambouriner • voyage à Cythère • voir la feuille à l’envers
Le tout avec une promesse: «Retrouvez ces expressions dans l’exposition». Promesse déçue. On trouve bien la définition de certains en toute fin d’expo, mais à part ça, que dalle, merci la sortie c’est par là. Ou alors on a raté un mur de définitions quelque part, mais je serais surpris. Toujours est-il que ces jolis termes sont presque tous tirés du Dictionnaire érotique moderne (le titre étant admirable en soi) établi par Alfred Delvau en 1864 (et qui est effectivement présent dans l’exposition (le bouquin, pas le vieux)).
Et comme c’est en libre service, on va faire un peu d’éduction en lexicologie sexuelle en recopiant les définitions du vénérable dico. Histoire qu’enfin les bienheureux visiteurs de la BNF ne perdent plus leur vie à chercher tout ça sur le net. Remerciez-moi.
Ce qui nous donne, par ordre alphabétique :
AGACER LE SOUS-PRÉFET, Se masturber. L’expression est tout à fait moderne, et fréquemment employée, quoique d’une étymologie difficile. (ndlr: «moderne et fréquemment employée» en 1864, donc, ne nous méprenons pas)
ALLER AUX FRAISES Aller dans les bois (en parlant d’amants) (ndlr: une définition bien sobre et tirée du Robert, car introuvable dans le texte de Delvau)
ARDILLON, n.m. Le membre viril, soit parce qu’il pique, soit parce qu’il brule. (ndlr: non mais c’est bon, je vais pas rajouter une note par définition)
AVANT-SCÈNE, n.f. La gorge des femmes, parce qu’elle avance plus que le reste du corps en dehors de la perpendiculaire et que c’est la première chose que l’on remarque.
BAHUT , n.m. La nature de la femme, dans laquelle l’homme serre pour un instant sa pine comme chose précieuse.
BELINER , Faire l’acte vénérien, l’acte bestial par excellence.
BELUTER Faire l’acte copulatif, pendant lequel on remue beaucoup, — volutare.
BICHETTE, n.f. Le membre viril ou plûtot pour lui restituer son véritable sexe, la pine.
CALLIBISTRI, n.m. Le membre viril, ou la nature de la femme.
CANICHON, n.m. Con poilu et frisé comme un caniche.
CRAPAUDINE, n.f. Expression tirée du langage culinaire. Les pigeons à la crapaudine ont les pattes rentrées en dedans. De même, le femme étendue sur le dos et recevant le vit dans son con, afin de mieux le faire glisser jusqu’au fon du vagin, lève ses deux jambes en l’air, les replie sur l’homme, les appuie sur son dos et l’attire à elle autant qu’elle peut. Il voudrait s’en défendre, ce serait inutile, il faut que sa pine pénètre jusqu’à la matrice, qui vient d’elle-même se présenter à ses coups. Plus les coups sont forts, plus ils plaisent à la femme jeune et bien portante. Bien des couchettes ont été cassées avec ce jeu-là ; aussi maintenant, on les fait en fer.
ÉPLUCHER DES LENTILLES , Branler une femme avec les cinq doigts de la main droite.
FRICARELLE , n.f. Le terme est inscrit dans le Dictionnaire érotique moderne, mais pas défini. Selon les sources du Grand Internet, cela désigne soit une lesbienne, soit une prostituée.
GABAHOTER , Gamahucher une femme
GAMAHUCHER, Faire jouir en jouant de la langue dans son con, au lieu d’y jouer de la pine. (Variante : ÊTRE GAMAHUCHÉ : Se dit de l’un comme de l’autre sexe, la langue étant à la disposition de tous les deux.)
GOBER LE MERLAN, Sucer on homme jusqu’à l’éjaculation inclusivement, et boire le sperme qui sort de son membre frémissant, — par allusion au merlan roulé dans la farine et à sa forme allongée.
GUENUCHE, n.f. Variété de Guenon, laquelle est définie ainsi: Femme de mauvaise vie, qui se trousse et écarte les jambes au profit du premier orang-outang venu.
HÉRISSON, n.m. La nature de la femme, à cause des broussailles qui en obstruent l’entrée et auxquelles s’égratigne quelquefois le membre viril.
MACROTIN, n.m. Apprenti maquereau ; voyou qui se fait la main avec les petites gourgandines dont il vide les poches sans le moindre scrupule, en attendant qu’il puisse exercer sur une plus gronde échelle, avec de plus grandes allés.
MARMOTTE , n.f. Le con, — qui ne dort jamais. — Allusion au poil d’une motte bien garnie.
MENTULE, Mot purement latin (mentula) signifiant le membre viril.
PERROQUET, n.m. Le membre viril, qui répète toujours la même chose — sans parvenir à ennuyer les femmes.
ROUSCAILLER, Besogner du membre avec une femme qui en meurt d’envie.
SECOUER LE CARTOUCHE, (Se). Se branler la pine.
SIROP DE NAVET, Le sperme, par allusion à la forme du navet et à sa couleur.
TAMBOURINER, Jouir d’une femme, en frappant son ventre à coups de cette baguette qu’on appelle le membre viril.
VIOLON, n.m. Membre viril, — instrument qui fait danser les femmes et les filles.
VOIR LA FEUILLE À L’ENVERS, (Faire). Baiser une femme dans le bois, parce qu’étant sur le dos et levant les yeux au ciel elle ne peut apercevoir que le dessous des feuilles d’arbre.
VOYAGE À CYTHÈRE, (Faire un). Baiser, l’acte copulatif se faisant d’une ou plusieurs traites, selon la vigueur des deux voyageurs. (Variante : ALLER À CYTHÈRE: Ce que les délicats appellent Ad Summam voluptatem pervenire et les voyous, aller au bonheur. Le seul voyage que l’on ne puisse faire seul, et que l’on fait toujours à cheval sur une belle jument.)
Brèves
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Espionnage affectif
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“Répondre sur son portable en plein ébat sexuel est tout à fait convenable estime… 1 % des Français. 6 % estiment que ça ne se fait pas de rompre par SMS. Et 12 % qu’il ne faut pas se priver de lire les SMS ou d’écouter les messages reçus par son conjoint. D’ailleurs, un Français sur quatre admet le faire plus ou moins régulièrement.” Chez Ecrans.
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Vrac #30
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16% des Français ont été infidèles l’été dernier en vacances, pendant que moi je glandais quinze jours avec mon chat, ah bah bravo. C’est sans doute parce qu’ils veulent profiter de leur énooorme pénis. Du coup 130 000 seins gonflables sont actuellement en train de flotter dans la mer, les Anglais ont le sexe comme passe-temps gratuit favori (mais les Anglaises préfèrent papoter entre copines, pas de bol), et la sodomie a doublé de fréquence en dix ans chez les jeunes Américains (avec des capotes dans moins d’un tiers des cas, BRAVO LES JEUNES). Rhalala, mais où va le monde.
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PornPornPorn
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Déchaînement des hormones sexuelles sur BienBienBien : on apprend aujourd’hui que 70% du porno est “consommé” au bureau, et que le porn français a 15 mois.
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Normalité
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Hitler n’était ni gay, ni sexuellement pervers, ni monotesticulaire. Et nous, bah, il ne nous reste plus qu’à ranger nos explications simplistes type 1 couille manquante = 6 millions de Juifs exterminés.
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Une sexualité sous influence
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J’ai écrit hier, chez ladiesroom, tout le bien que je pensais du Dictionnaire de l’amour et du plaisir au Japon. C’est signé Agnès Giard et sans copinage aucun, vous devez le commander à Noël.
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Vos Réactions
- Sir IZBAK 1st dans Vrac #30
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28 jan 2008 à 22:37
oulalalah, quel poete ce Nets’ :)
28 jan 2008 à 23:04
Hé hé ça me rappelle le fabuleux catalogue des prix d’amour de Marcelle LaPompe
http://apperisphere.com/blog/images/humour/cataloguePrixAmour.jpg
28 jan 2008 à 23:29
En lisant ta liste hier j’avais pensé à la chanson d’une demoiselle de Colette Renard… Chanson que j’aime beaucoup !
28 jan 2008 à 23:32
Merci Maïa ^^
C’est mieux que tout ce qu’internet avait pu me définir jusque là. Comme quoi les livres et les bibliothèques restent le lieu sacré de la culture.
28 jan 2008 à 23:35
Lol voir la feuille à l’envers c’est quand même pas mal ^^ falalit la trouver XD
28 jan 2008 à 23:46
Mr_K : pour une fois, c’est pas Maïa qui poste aujourd’hui (elle a plein de taf), mais le sysadmin :)
29 jan 2008 à 0:26
Maïa est actuellement absente - biiiip - ceci est un blog open - biiiip - netsabes est bien plus qu’un sys-admin, c’est quelqu’un qui va au musée avec moi.
29 jan 2008 à 8:46
Typo : tu définis d’avant-scèVe au lieu d’avant-scèNe. (Encore, j’aurai compris d’avant-sève … héhé.)
Sinon, c’est moi, ou la langue française contemporaine est bien triste et peu imaginative en comparaison ?
29 jan 2008 à 8:47
Wouu ça déchire, faut que j’en retienne deux ou trois histoire de pouvoir renouveller les discutions grasses entre potes au bar.
“Alors tu l’as rouscaillée cette guenuche ? Mouahahahaha!”
C’est quand même vachement plus classe .. :’)
29 jan 2008 à 8:56
j’adore les expressions en rapport avec l’acte sexuel
c’est toujours intéressant d’entendre les gens parler du sexe et de la façon dont ils le font
29 jan 2008 à 9:05
Quel domage qu’une telle culture se perde au fil du temps..
Mention spéciale pour le “violon”. J’ai trouvé la définition très poétique :)
29 jan 2008 à 9:54
Je ne crois pas que ça se perde… Les mots ont juste changé ! Il faut aussi remettre dans le contexte de l’époque… Mais ça, c’est netsabes qui pourra nous aider !
29 jan 2008 à 10:22
Oui c’est une question d’époque aujourd’hui au lieu de dire rouscaillée cette guenuche ils vont dire baiser cette pute. Et nos enfants auront encore d’autre façon de le dire dire dans 20 ans.
29 jan 2008 à 10:43
Le problème (à mon sens) est que le vocabulaire actuel est assez limité.
Ce n’est pas qu’il n’existe pas suffisement de mots, mais plutôt que ce sont les mêmes qui sont utilisés.
Maintenant, je ne sais pas si tous les mots définis plus haut étaient réellement utilisés au siècle dernier (j’en doute un peu d’ailleur)..
29 jan 2008 à 16:43
bah euh non, chuis sûr que si on cherche bien, on trouve au moins 20 mots différents pour définir une verge / penis / bite / pine / trique / batte / bite / teube / le moustachu / foreuse / loutre / etc… avec des mots contemporains, et pas moins pour le con / chatte / vagin / fourre-tout / trou / sac à pine / etc… ;)
29 jan 2008 à 19:30
Ahah “Ardillon”, ça vient de là le nom du héro des Décalés du Cosmos. Vraiment des tordus ces auteurs, excellent.
29 jan 2008 à 19:45
D’ailleur, est-ce que vous avez le mot “vit” dans vos dico? j’ai regardé ceux que qui trainent chez moi, il n’y est pas.
29 jan 2008 à 19:52
ÉPLUCHER DES LENTILLES , Branler une femme avec les cinq doigts de la main droite. ==> je pense que c’est la définition la plus précise qu’il m’est été donné de trouver , j’adore ^_^
29 jan 2008 à 21:04
Olivier: merci pour la correction !
brouk: achète un Petit Robert ! :) Comme «con», le terme est encore usité, d’ailleurs, même si dans des cadres précis (littérature, chanson…). En musique, Imbert Imbert l’utilise beaucoup, par exemple.
Minimaul: non, le vocabulaire sexuel moderne ne s’est pas particulièrement appauvri. On le trouve moins poétique, moins désuet, parce qu’on le voit tous les jours et qu’il fait partie du vocabulaire courant. Dans 150 ans, ce sont nos termes que les gens regarderont avec un petit sourire en disant «oh t’as vu, c’est meugnon, à l’époque ils disaient ça comme ça». Perso, j’ai un gros faible pour «callibistri» et «beliner».
Après, il faut voir aussi que l’usage fait de ces termes est généralement d’une pauvreté assez dramatique. Maïa a déjà parlé du prix des pires scènes de sexe dans la littérature, mais les textes montrés à l’expo sont pas vraiment des modèles non plus. Même avec du joli vocabulaire, ça tourne le plus souvent à l’écriture automatique avec phrases sujet/verbe/complément et un dictionnaire de synonymes pour faire passer le tout… Il y a un bouquin de Pierre Guyotat (Eden, Eden, Eden) qu’on a feuilleté à la librairie de la BNF, et par exemple, c’est 250 pages avec juste ça. Moi, ça ne m’intéresse pas du tout, ça ne me touche absolument pas.
Pour qu’un texte provoque une émotion chez moi, ça ne tient pas vraiment à ce qu’il raconte, mais plutôt à la situation qu’il présente et surtout à la façon, au style dont il la présente. Les poèmes d’Appolinaire, Baudelaire et Aragon, les textes de Bataille qu’on trouve à la fin de l’expo, là ça me parle (et pourtant c’est déjà du lexique moderne !), parce que le style soutient le texte, et que l’ensemble a un rythme qui prend le lecteur. Mais la majeure partie des textes, honnêtement, c’était une misère littéraire. Même avec des jolis mots désuets.
30 jan 2008 à 19:00
Amusant ; voir les feuilles a l’envers est toujours utilise dans la region d’Avignon, mais les agricultures locales en on fait “Voir les vignes a l’envers” !
3 fév 2008 à 17:14
Du coup avec mon copain, nous avons un grave problème de définition : tailler une pipe/faire une fellation
Est-ce que les deux sont synonymes? Désignent-ils (comme le disent le larousse et le dico de l’académie) simplement le fait de léchouiller son partenaire ou désignent-ils (ou seulement l’un des deux) le fait d’avaler? D’aller jusqu’à l’éjaculation?
A vos avis!
3 fév 2008 à 18:20
AMHA c’est la meme chose, mais comme c’est considéré (à la base) comme étant un préliminaire, ça ne va pas jusqu’a l’éjaculation. mais ça peut !