Maïa est à la plage pour la journée et m’a laissé les clés de chez elle pour que j’arrose la plante et nourrisse le chat. Comme je n’ai pas trouvé d’utilité aux jouets en forme de canard ou de chenille qui trainent sur son canapé, je me suis attardé sur son impressionnante bibliothèque.
Là, un livre m’a pour ainsi dire sauté à la figure : écriture orange fluo sur fond noir, titre outrancier et évocateur. Je l’ai lu, et il me faut maintenant vous convaincre que pour le même prix, vous pouvez vous acheter une glace à la fraise et une place de ciné.
Frédéric Joignot a écrit un livre-documentaire qui s’intitule Gang bang, qui se veut le portrait complet de la pornographie contemporaine.
Quel titre spectaculaire. Gang bang : une femme, près de 10 hommes, et une fortune chez le teinturier. Ce livre tente de convaincre son lecteur que la pornographie glisse irrémédiablement vers plus de violence, pour prochainement aboutir au snuff comme nouvelle norme de l’excitation (oui, moi aussi j’ai beaucoup ri).
Tout dans ce livre est spectaculaire : les anecdotes, les citations, les témoignages, les chiffres, et leurs sources. Les mots employés aussi… L’auteur se donne beaucoup de mal pour nous convertir à son cheminement de pensée.
Malheureusement, ce livre est aussi absolument ridicule : l’auteur mélange trop de choses. De son propre aveu, il ne comprend pas qu’une part (minoritaire) des films pornographiques propose non pas un rapport de plaisir partagé mais un rapport de domination/soumission. Ca le défrise tellement qu’il réalise sur 200 pages un amalgame délirant entre les quelques productions qui proposent de tels films et l’ensemble des productions X. Car le porno est devenu extrême, voyez-vous.
L’amalgame ne s’arrête pas là. Une femme soumise dans un film est une actrice violée pendant le tournage, et le spectateur complice du viol. Rien que ça. L’amalgame se poursuivra dans quasiment tous les sujets abordés au cours de la pénible lecture de l’ouvrage.
Le coup de grâce vient de l’argumentation. Pour justifier le spectaculaire, l’auteur ne recule devant aucune source douteuse pour étayer son discours. Résultat : la démarche de collecte et de restitution des informations est indigne du travail d’un stagiaire. Je n’avais pas souvent lu un auteur qui ose citer Wikipedia comme source valable, ou un pseudo de tchatteur comme témoin !
De temps en temps, on trébuche sur une phrase sensée : montrer une pornographie SM à un enfant de 11 ans, ce n’est peut-être pas bien.
En dépit de ces quelques portes ouvertes allègrement enfoncées, on ne retient à la lecture de Gang bang que le ridicule d’un auteur engoncé dans une vision des choses bien fortifiée aux frontières, incapable d’envisager une alternative à sa pensée, et qui tord la réalité pour la faire coller aux besoins de sa démonstration alarmiste.
Le tout est émaillé de nombreuses perles, dont la plus belle est sans doute un magnifique point Godwin dans la première phrase du livre, celle en préambule. Ce ne sera évidemment pas le seul.
La prochaine fois j’essaierai plutôt le canard.
Brèves
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Espionnage affectif
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“Répondre sur son portable en plein ébat sexuel est tout à fait convenable estime… 1 % des Français. 6 % estiment que ça ne se fait pas de rompre par SMS. Et 12 % qu’il ne faut pas se priver de lire les SMS ou d’écouter les messages reçus par son conjoint. D’ailleurs, un Français sur quatre admet le faire plus ou moins régulièrement.” Chez Ecrans.
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Vrac #30
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16% des Français ont été infidèles l’été dernier en vacances, pendant que moi je glandais quinze jours avec mon chat, ah bah bravo. C’est sans doute parce qu’ils veulent profiter de leur énooorme pénis. Du coup 130 000 seins gonflables sont actuellement en train de flotter dans la mer, les Anglais ont le sexe comme passe-temps gratuit favori (mais les Anglaises préfèrent papoter entre copines, pas de bol), et la sodomie a doublé de fréquence en dix ans chez les jeunes Américains (avec des capotes dans moins d’un tiers des cas, BRAVO LES JEUNES). Rhalala, mais où va le monde.
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PornPornPorn
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Déchaînement des hormones sexuelles sur BienBienBien : on apprend aujourd’hui que 70% du porno est “consommé” au bureau, et que le porn français a 15 mois.
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Normalité
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Hitler n’était ni gay, ni sexuellement pervers, ni monotesticulaire. Et nous, bah, il ne nous reste plus qu’à ranger nos explications simplistes type 1 couille manquante = 6 millions de Juifs exterminés.
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Une sexualité sous influence
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J’ai écrit hier, chez ladiesroom, tout le bien que je pensais du Dictionnaire de l’amour et du plaisir au Japon. C’est signé Agnès Giard et sans copinage aucun, vous devez le commander à Noël.
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- Queen dans Vrac #30
- Queen dans Harry Potter et la braguette magique


4 juil 2008 à 13:17
Prendre des activités minoritaires pour des généralités dans le milieu de la pornographie est malheureusement très fréquent… Il voulait peut-être juste faire une mise en garde (car on ne peut nier qu’il y a parfois une forme d’exploitation dans ce milieu) mais il s’est loupé.
12 ans, ça passe ? :-P
4 juil 2008 à 15:07
Point Godwin?késako?Le point G?Un god spécial?Et qui plus est dans le vent?Ca me fait penser que sur le sujet de la masturbation féminine on n’a pas parlé du point G!Je vais y retourner…Pour revenir à gang bang par contre,je vais essayer de le lire car je l’ai aussi dans ma blbliothèque attiré sans doute par le titre un peu trop accrocheur.J’ai l’impression au regard de ce que tu dis que l’auteur n’a pas très bien compris ce que ça veut dire “entre adultes consentants”…Ce qui se passe dans un jeu de rôle ne veut pas dire qu’il se passe la même chose dans la réalité sinon on passe direct de l’alcôve à la correctionnelle.Mazette,c’est pas rien de jouer à faire l’amour ,on prend un risque!Pour ma part et j’espère que c’est la même chose pour la plupart,je fais le distinguo.Donc pas de problèmes avec la soumission et tout ça,les rôles peuvent être interchangeables.Alors vive le gang bang entre adultes consentants.Laissez-nous rêver!
4 juil 2008 à 15:09
“In Bed With The Web - Le nouvel adultère”
Rouge vif, lui aussi. Ecrit par deux gars du meme genre (mais avec des bonne place, quand meme : genre “Maître de conf sur la sexologie et internet”). Deux vrais ignares déballant de vraies conneries. J’ai failli pondre un article pour un journal de philo …
Le principe de base est que si on va sur internet, specialement sur un site communautaire, on finira forcement par tromper son conjoint. Prouvé par a + b.
a = “On est tres jeune poussé a tricher.”
Un exemple avec cette bannière : “Thousands of cheats on P*kemon”
b = “Tout nous pousse au sexe”.
Un exemple dans cette pub ou on voit toute une famille devant son ordinateur : “Les webcams vous permettent de discuter de visu avec votre famille ou vos amis”. Alors que personne n’est dupe : c’est pour le sexe !
Le pire, c’est quand ils tentent de faire de l’humour.
Bref, ce genre de livre ne devrait pas sortir, les auteurs devraient être brulés, les editeurs fouéttés.
4 juil 2008 à 15:14
Hop Maïa…
Tant que y’a pas trop de commentaires pour que le mien ne soit pas noyé dans la masse…
J’aimerai te faire circuler une vidéo qui pourrait ouvrir un (de plus) débat sur le sexe… ou pas… à toi de voir…
Mail moi, j’ai pas envie de balancer le lien à l’arrache ici…
4 juil 2008 à 15:20
Stef > La loi de Godwin est un adage, partie du folklore Usenet, énoncé en 1990 par Mike Godwin : « Plus une discussion sur Usenet dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler s’approche de 1. » Dans un débat, donner un point Godwin revient à signifier à son interlocuteur qu’il vient de se discréditer en vérifiant la loi de Godwin.
(Source : Wikipédia)
(Je crois qu’Antoine est un peu geek.)
4 juil 2008 à 15:45
oui
quand quelqu’un pour les besoins de sa démonstration ou de son argumentation prend en référence ou dresse une comparaison (même très lointaine) avec Hitler, le nazisme, le fascisme, les camps, la Shoah etc, on peut considérer qu’il est à bout d’arguments et que plus rien de bon n’est à attendre de la conversation.
Donc quand un livre commence par une citation de Jonathan Littell, on peut craindre pour le reste de la lecture. C’est le cas ici.
J’ignorais en tous cas que le godwin point était révélateur d’une part de geekerie :) mais ça me va ^^
4 juil 2008 à 15:56
J’ajoute pour ma part que la référence “wikipediesque” tend à être tolérée dans certains cas.
Les sites internet deviennent sources, et pour peu qu’un sujet soit suffisamment traité sur wiki, il devient intéressant de s’y référer.
Le problème n’est donc pas de citer wikipedia, comme tu le dis, à priori, mais de savoir si l’article cité est suffisamment étayé.
Et le canard, alors il est comment? =)
4 juil 2008 à 17:12
Ah bon bah je vais plus me plaindre des bouquins que tu m’as envoyé alors… ^^
Pauvre de toi.
remarque ça aurait pu être marrant à la lecture
4 juil 2008 à 18:11
Quel courage Maïa, personnellement, je ne sais pas comment vous faites pour aligner autant de mots sur une telle daube - en tout cas un tel article est salutaire, et change du cirage de pompes étendu dont avait profité Gang Bang lors de sa sortie !
4 juil 2008 à 19:07
Ici, c’est la pornographie, mais on aurait pu en dire autant du jeu vidéo. C’est violent et impose un comportement que les pauvres consommateurs sans défense que nous sommes des comportements extrêmes. Par conséquent, je propose l’interdiction de toute la pornographie et de tout jeu vidéo en France et dans le monde.
4 juil 2008 à 19:29
Félicitation au géniteur de l’article, Maïa a des collaborateurs de qualité !! Juste pour idée, c’est quoi la Godwin sentence dont tu parles ? Que je la place en soirée…
Je crois qu’on est tous d’accord avec cet article. Le seul problème, c’est que je ne suis pas sûr que fouetter les auteurs servirait… tant que ça vendra (donc jusqu’à l’Apocalypse), les éditeurs en publieront, avec ou sans auteurs assermentés…
4 juil 2008 à 20:03
“Et puis on a compris la leçon, ça n’arrivera plus.
Mais êtes-vous bien sûrs qu’on ait compris la leçon ?
Êtes-vous certains que ça n’arrivera plus ?”
Jonathan Littell, les Bienveillantes
fallait oser je trouve.
5 juil 2008 à 1:10
Bravo Antoine, tu as assuré :) Maintenant la barre est haute pour les prochains contributeurs !! (Quel bonheur de voir les lecteurs faire leur propre Sexactu, ça devrait toujours être comme ça.)
5 juil 2008 à 17:06
Concernant wikipédia, je m’insurge.
J’avais entrevu les résultats d’une études qui rapportait qu’après comparaison de différents articles sur wikipédia, et différentes encyclopédies renommées, la plus juste restait wikipédia.
5 juil 2008 à 17:35
ça m’apprendra à lire ce blog ivre : bravo à ANTOINE
5 juil 2008 à 23:42
Je confirme ce que dit Zaven, une revue a comparé Wikipédia et l’encyclopédie Britannica et a abouti à la conclusion qu’il n’y avait pas beaucoup plus d’erreurs sur wiki que dans l’encyclopédie (c’est à nuancer mais l’idée génèrale y est).
Au lieu de critiquer la pornographie, il serait plus pertinent de critiquer notre approche de la pornographie. Je pense que fondamentalement, le bon sens et l’esprit critique sont primordiaux. Le porno n’est qu’une mise en scène d’une certaine forme de la sexualité, de certains fantasmes. Les amalgames, eux, sont dangereux. Tout comme les généralisations.
6 juil 2008 à 15:28
Pour wiki, il y a une remarque à faire concernant les sujets.
Si on considère le SM comme “sérieux” et bénéficiants d’articles bien écrits, ce n’est que rarement le cas sur des sujets plus underground. Pour preuve, lisez ces préjugés sur les Snuff movie
6 juil 2008 à 16:08
En même temps, personne n’utilise d’Encyclopédies pour faire un travail scientifique…
8 juil 2008 à 11:20
Ca y est,j’ai lu Gang bang.Y a peut-être pas tout à jeter et on trouve quelques références intéressantes et surtout quelques règles de base comme:”Le consentement sexuel se manifestant au creux d’une houle de désirs contradictoires,au milieu d’un flux et reflux de forces,il a besoin d’être sans cesse confirmé.” et plus loin:”…les femmes peuvent dire”non”à tout moment.Même après avoir dit “oui”.Elles peuvent se renier,s’arrêter en route,changer d’avis,rompre le contrat(principe retenu par le code civil).”Tout ça me parait basique.Je pense qu’il a voulu attirer l’attention sur des dérives possibles passibles de la correctionnelle.Mais c’est vrai qu’il y a un peu un amalgame avec tout le porno hardcore et snuff qui peut se faire à base d’effet spéciaux et les quelques marginaux qui se passionnent pour ça savent sans doute très bien qu’il s’agit de cinéma et non pas de la réalité.On pourra toujours discuter pour savoir si les films violents qu’on voit partout,si les bandes dessinées trash,poussent les gens à être violents.Pour ma part je ne le pense pas.Il y a un fossé entre l’imaginaire et le passage à l’acte et la vision de la violence peut-être un excellent moyen pour évacuer notre propre violence.Le fameux”plus jamais ça”après les camps de concentration et les atrocités de la guerre.Je crois en l’homme,même si il est sacrément tordu!