(Dans une vie antérieure, quand j’étais encore une vingtenaire (haine), j’étais critique porno pour Newlook. Avec l’accord de ce prestigieux magazine, voici pendant ma semaine de vacances et ma déprime décennique, une de ces critiques, chaque jour, juste pour vous. Je lirai vos commentaires à mon retour !)

La double pénétration est-elle soluble dans le fantastique ? Apparemment oui. Dans la plus pure tradition des films muets de Fritz Lang, Body Prod nous propose une œuvre 100% hongroise et 200% insipide.

Le scénario tient sur la largeur d’une ficelle de string : à cause d’une statuette kenyane, des gens baisent pendant une heure vingt. Le prétexte est assumé, rehaussé même par l’absence totale de dialogues. A l’exception de la sirupeuse voix off (encore un coup de Michel Barny, en mal d’inspiration mais persistant dans la série « je me sentais comme une chienne en chaleur »), les actrices gémiront dans un hongrois impeccable (« ah-han, ah-han, AH-HAN »).

Il est pourtant difficile de reprocher quoi que ce soit à l’aspect plastique du film : les filles sont jolies, les décors variés et classieux, la réalisation correcte (Hervé Bodilis, connu pour sa série des Pornochic et ses photos gays). Malheureusement, il semble que le mieux soit l’ennemi du bien. Le résultat de ces bonnes intentions est en effet tellement aseptisé qu’il évoque une branlette javellisée sous latex hypoallergénique PH neutre. Tout est lisse, propre, souriant. Les acteurs masculins sont épilés et maquillés. Les fleurs sont fraîches. Même le sol du parking est mignon. Pire que tout, chaque turpitude est limitée à la vieille recette fellation / vaginale / anale / faciale. Programme imposé et sans surprise : peut-on se contenter d’un désir homéopathique ? A vous de voir.

L’ambition du film, on le sent, se situe ailleurs – et plus précisément dans une critique marxiste-léniniste de la vie de bureau. Par le biais de la statuette kenyane, les désirs brimés par le néo-capitalisme ressurgissent. Les tam-tams balaient les chignons, et c’est tout un choc entre valeurs judéo-chrétiennes et animisme qui se joue sous nos yeux. Par l’intermédiaire de ce pied-de-nez à la montée des extrémismes, Hervé Bodilis sait rappeler que les rythmes africains furent considérés comme sexuels lors de leur découverte, et qu’aujourd’hui encore la musique noire favorise la tombée des inhibitions. La morale est claire : c’est au prix d’une ouverture vers les autres qu’on peut pleinement vivre une partouze. Incroyable subversion ! On n’avait rien connu de tel depuis Pierre Carles. Les jeux de domination dans le monde du travail (le patron blanc et hétérosexuel, la fidèle secrétaire, la stagiaire « aux dents longues et aux cuisses légères ») sont réduits à néant sous les coups de boutoir d’une révolution d’autant plus intériorisée qu’elle est vaginale ou rectale. Et c’est bien ainsi qu’il faut comprendre la scène finale : le chauffeur, sodomisant la bourgeoise sur un canapé doré, n’est que l’allégorie d’un prolétariat très déterminé à enculer le patronat. En artiste engagé, Bodilis a su imposer son point de vue critique face au règne de l’argent-roi.

Camarades, la lutte des classes commence le premier samedi du mois – et c’est Clara Morgane qui régale.

(Décembre 2004. Première Critix.)

À lire aussi :



  1. Duc

    Critique de film :
    Maia 1, BenRelly 0

  2. Mozafokabiche

    Mais ça se vend encore les DVD de cul ?

  3. damien

    S’il y a acheteur, il y a vendeur.
    D’ailleurs c’était il y a 4 ans ta critique. Tu aurais du mettre c’était mieux avant.

  4. Flying gg

    Mwahahahah… Le porno oeuvre de propagande visant à détrôner le grand Kapital (oui avec un k, c’est comme ça). J’aime toujours autant ta plume.
    Merci Maïa !

  5. BenReilly

    Ahhh c’est cool l’Europe. :D

  6. éric

    Ta maîtrise du Hongrois deuxième langue est impressionnante ! ^ ^

  7. pitming

    Apprenons le hongrois avec Maïa:

    Repeat after me (en Hongrois dans le texte):
    Haa ha haaaa HAAAAA hooooooo

  8. PoY

    Rha encore quelqu’un qui ne sait pas s’arrêter à 100% :D

    Sinon c’est clair que la critique est très bonne, surement meilleur que le film lui-même…

    Vivement demain.

  9. Tofton

    Heu… en même temps c’est du porno hein c’est pas du cinema d’auteur, le scénario n’est là que pour tenter de faire le lien entre les différentes scènes de cul.

    Ca ma rappelle un Dorcel que j’avais vu il y a quelques temps enfin j’avais vu les 20 premières minutes, soyons honnête, “la veuve” je crois que c’était, ou un mec balance pendant que la jeune mariée se fait mettre par son légitime, il présente popol à la belle et lui dit “Je suis Don Corléone”… C’est la première fois qu’un porno me faisait franchement rire!

  10. Trustor

    Oui, effectivement, la critique est certainement meilleure que le film! (Et de loin…)

    Mais n’aurais-tu pas quelques ressentiments envers ces beaux pays de l’Est que sont la Hongrie ou l’Ukraine ? :-) Le Drame de la copine moche
    Non, sans rire, ça fait longtemps que je te lis et c’est sans doute un de mes premiers commentaires, j’aime vraiment beaucoup ton style!

  11. Obligatoire

    Respect, respect, respect, mais les films les plus chiants deviennent passionnant à lire : )

    tu devrais continuer comme ça, je sais pas par exemple la critique du film mensuel que t’as été voir au cinéma ( si c’est pas un porno), c’est pas parce qu’on est sur sexactu qu’il faut parler tout le temps de sexe nom d’un bite!

    bonne continuation ; )

  12. stef

    Eternelle discussion pour savoir si un film de cul peut être aussi une oeuvre artistique,esthétique,philosophique,perverse ou moralisatrice.En d’autres termes,que nous apporte-t-elle?J’avoue qu’entre “Anatomie de l’enfer”de Catherine Breillat avec Rocco Siffredi et “la prison des sévices”produit par Lars Von Trier,c’est le second qui me fait bander.Le film de Breillat malgré la présence de Rocco me torture l’esprit et comme je ne suis pas adepte du SM me laisse de marbre.Dans le premier le bla-bla me perturbe,dans le second le silence m’envoûte.Il vaut mieux parfois un silence intriguant qu’un bavardage décontenançant.En pleine action,il est parfois préférable de se taire au risque de tout gâcher.Voilà pour le dialogue.En ce qui concerne l’effet de transe provoqué par les percussions africaines,combien je suis d’accord qu’il s’agit d’un bon ingrédient pour faire monter l’excitation.Merci à la culture Afro de nous avoir apporté cette libération!Le joug judéo-chrétien est en effet une véritable chape de plomb.Quand au scénario marxiste-léniniste s’il n’avait pas dévié de son utopie première il pourrait être un fantasme réalisable car oui,j’adhère au fait que c’est par une ouverture aux autres qu’on peut pleinement vivre une partouze,car dans cette partouze tout n’est pas esthétique loin de là,mais la partouze du film de cul elle, y est.Et à ce moment là il n’y a plus vraiment de dominants et dominés mais un vaste partage de plaisir

  13. BenReilly

    Duc tu vas prends cher, j’avais pas vu ton com’.

  14. Queen

    Ouais BenReilly, j’me disais aussi que tu réagissais pas, j’étais presque déçu par ton manque de courage devant le clash. Mais en fait je constate que tu es un vrai spartiate.

  15. Last Equinoxx

    Un spartiate myope.

  16. BenReilly

    J’ai juste pas envie de me vénère pour un bête taunt qui compare ce qui n’est pas comparable.
    Et puis de toute façon entre Maïa et moi y’a pas de points, on s’aime.

  17. Queen

    Merde, alors c’est avec toi qu’elle… je vais devoir te défier (encore !) en duel pour que moi aussi elle m’aime !

  18. Bibi

    Hahaha =D

    (c’est tout ce qui m’est venu à l’esprit en lisant ta critique)

    Bravo Maïa. J’ai toujours été convaincu que les films pornos étaient très subversifs et bourrés de critiques que seuls les gens d’exception peuvent comprendre.

  19. SCSB

    Le coup de la voix off je ne comprendrais jamais. Dans un film pas-pour-tous-publics ça me fait un peu peur, j’ai l’impression que c’est Dieu qui parle, et Dieu qui me dit que la fille du film se sent comme une chienne en chaleur, ça me branche moyennement. Parce que je l’avais plus ou moins compris, et que tant qu’à ce qu’il me parle, je préfère encore qu’il me dise des trucs que je ne sais pas.
    J’applaudis en tout cas la merveilleuse capacité d’analyse de Maïa, je pense que je serais complètement passée à côté de la dimension politico-philosophique de ce film sans elle.

  20. z80

    Une critique des plus ébouriffante, tout à la fois poilante et excellente, voir même pertinente…

    Habituellement toujours prompt à pondre un commentaire con et pompeux, me voila sans voix… Chapeau bas :)

  21. Bibi

    Une partouze, c’est comme un chantier de forage, tu choisis un filon et tu l’exploites, tu creuses quoi, jusqu’à ce qu’il y ait plus rien à explorer, et tu dois tenir ton filon même si on te pousse, même si on essaye de te le voler, car les filons sont peu nombreux. Une partouze est donc avant tout une affaire de concurrence, un peu comme l’économie mondiale. La question qui se pose alors est l’attitude à adopter : un libéralisme qui favorise la concurrence et donc le fait de ne pas partager ses filons, ou une attitude communiste qui se veux égalitaire et qui permet à tout le monde de couvrir plus de terrain ? A vous de choisir

    (Désolé =D)

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