J’ai eu envie de sexe avant d’avoir envie des hommes. Désolée pour la romance, mais pour moi, c’était la pulsion avant la passion.

J’avais 13 ans quand mon corps s’est réveillé : bien avant d’avoir des seins ou mes premières règles. Complètement à la ramasse côté masturbation (j’adresse ici mes sincères excuses aux bananes que j’ai massacrées), plus calée en fétichisme du latex qu’en mécanique des fluides, déconnectée des fantasmes socialement acceptables, j’étais certainement une centrale nucléaire sexuelle en culotte Petit Bateau.

Je me souviens très bien ne pas avoir compris pourquoi les hommes me regardaient comme ça.
Ce qui m’intéressait (très confusément), c’était de relâcher la pression. Ce n’était pas lié à une personne en particulier, même pas aux hommes en général.

Ensuite, vers 15 ans, par pression sociale et par ennui plus que par réelle envie, j’ai commencé à voir des garçons. Puis à coucher avec eux. Mais avec le recul, je couchais pour expulser mon excitation, pas parce qu’ils me faisaient vibrer (et il y a une grosse différence entre le mec qui sert de vibro humain et le mec qui t’a choppée par les tripes avant même de t’avoir embrassée).

Je ne sais pas exactement quand c’est venu. Je sais qu’à 19 ans, je fantasmais ma race sur un type dont je ne voudrais même pas en rêve aujourd’hui. C’était une caricature d’étudiant en lettres modernes, gothique tendance musicien, avec des cheveux longs tendance romantique et la peau pâle tendance fond de teint (je suis sûre qu’il se poudrait).

Je me souviens qu’il représentait l’homme idéal et que je ne voulais pas coucher avec lui. Avec ma meilleure copine, on fantasmait sur des créatures de manga, on s’imaginait vivre des histoires super éthérées et dramatiques (alors que concrètement on vivait surtout que dalle), on promettait sur notre âme que jamais un mec non-imberbe ne poserait ses lèvres sucrées sur nos lèvres nacrées.

Avec le recul, force est de constater que lol.

Mais c’est la preuve qu’à 19 ans je ne désirais toujours pas les hommes. A la rigueur, je désirais une idée de l’homme, et plutôt allégée en hormones. Je désirais des personnages, des stars, des situations, mais pas des individus dans leur intégralité – avec des muscles, des poils, des odeurs, tout ça.

Je vois ma trajectoire comme une incarnation progressive du désir : à mesure que j’apprenais à maîtriser ma sexualité, j’ai pu la projeter tel un missile sol-air (rapport à ma taille) sur des vrais gens. Par « maîtriser ma sexualité », j’entends un sens très large : décider à quoi ressemblerait ma féminité (d’après le Mâle, un mix entre AK47 Magazine et Jeune & Jolie), fouiner mes fantasmes personnels (dans le cas de fantasmes qui n’apparaissent pas dans Jeune & Jolie, les accepter comme faisant partie de moi), apprendre les mouvements et les mécaniques qui me font jouir plus facilement (et accepter que l’orgasme ne soit pas non plus le Graal absolu). D’une manière encore plus globale, je vis de plus en plus dans mon corps, et de moins en moins en pur esprit. J’ai même arrêté le kebab, c’est dire si je me respecte :)

Le temps qui passe me rend de plus en plus charnelle.

Et avec le temps qui passe, c’est aussi la chair des hommes qui prend le pas sur l’excitation purement pulsionnelle. Le corps des hommes, leur odeur, leur sang, le mouvement des muscles sous la peau, le contrôle qu’on peut avoir sur leur désir, et aussi la part qui y échappe totalement.

Je ne me rappelle pas d’un déclic particulier. C’est une trajectoire assez normale, je crois. Et pas encore finie, j’espère.



  1. Simon

    C’est une trajectoire (parmi tant d’autres ?) qui avant d’être normale me parait être plutôt saine et constructive.

    Joli texte en tout cas :)

  2. donc...

    … plus fondamental… quoiqu’un peu fleur bleue…

  3. Coquinetcaline

    bin vi. Je trouve ça très norml en fait.on est désir, et ce désir se projette sur un objet. Rien que très basique. j’ajouteras que mettre sn plaisir entre les mains de l’autre quand on ne le maîtrise pas, c’est passer à côté du plaisir maximum.
    La maturité nous rend puissantes, autonomes et donc généreuses…

  4. Melkeri1

    Quelle belle déclaration à l’Homme ! En tant que tel, je suis très flatté et très heureux de découvrir tout cela… Un jolie post vraiment !

  5. Tania

    Ce qui me surprend le plus là dedans, c’est d’apprendre que des filles aujourd’hui normales (enfin, dans le genre de normalité que j’aimerais atteindre à 30 ans :P) ont eu aussi une période manga, fantasme de mec quasiment androgyne, et été des vicieuses complêtes et précoces. Jme sens quasiment moins seule !

    Et pour lâcher mon ego, je trouve très touchant que tu arrives à en parler comme ça… Plus tu te dévoiles, plus j’aime ton blog ! (surtout quand de si beaux témoignages sont entrecoupés d’actualités drôles et sexy, et de coups de coeur ou coups de gueule sur un tas de trucs en vrac).

    Bref, très bonne ligne éditoriale !

  6. Gaius

    Très joli post en effet. D’autant qu’il n’est pas toujours facile d’intellectualiser et de verbaliser ces sensations qui relèvent souvent des fluides et de l’inconscient. Mais bon, tu n’es pas sex-blogueuse pour rien ! Sinon jamais un garçon ne t’a fait vibrer quand t’avais 15 ans ? C’est triste !

  7. aegirsson

    et bien, il y a une série de mecs qui ont été habillé pour l’hiver là, et qui n’auront même pas les reves comme derniers refuges :)

  8. BenReilly

    Y’a des trucs que je suis pas persuadé d’avoir eu envie de savoir dans ce texte, y’a des trucs très lol et des trucs tra bien aussi.
    Ca donne un peu de l’espoir pour nous, les hommes.

  9. Hadda

    oui trajectoire assez normale
    je me retrouve beaucoup sur le début même si je suis restée plus longtemps je pense sur la phase fleur bleue
    après j’ai sauté direct dans le grand bain qui est le désir des hommes et tout ce qui les composent

  10. grande

    Maïa,

    cela fait finalement peu de temps que je lis ton blog, et j’adresse ici 15000 mercis à une amie qui m’en a mailé le lien.

    Comme beaucoup d’autres j’imagine, je me reconnais beaucoup dans ce que tu écris, on doit avoir à peu près le même âge, et ton article de cette nuit me laisse baba tant il me touche.

    Mais une question me vient concernant la fin de ton article, sur le temps qui passe et qui te rend plus charnelle, et sur le corps des hommes (arrhhhh):

    j’ai un mec, il est super, je l’aime, on fait l’amour comme des dieux. Bref, franchement, génial. MAIS, et les corps des autres hommes ? moi aussi je me sens plus charnelle, et ça s’exprime très bien avec mon mec, mais je sens que plus je vieillis (arg), plus j’ai envie de connaître d’autres corps d’hommes. Donc oui, je parle de la fidélité, de la moralité, tout ça, et je me demandais comment tu gérais ça. C’est un peu indiscret hein ? Si c’est trop indiscret, alors ben pardon ;)

  11. Fwed

    En fait moi j’ai encore ce problème.. j’ai une dissociation du désir assez forte. Dès que des sentiments amoureux s’en mêlent, tout mon désir physique s’évapore. Pas que la fille me dégoute (bien au contraire) mais d’un coup, coucher avec elle deviens totalement accessoire et optionnel, parce que ce que j’aime vraiment, c’est passer du temps avec. C’est assez gênant finalement, surtout pour passer le cap de simple rendez vous à “on sort ensemble”, parce que finalement, le simple rendez vous comble mes attentes, alors que je sais bien que ce que j’aimerais c’est être un vrai couple.
    ‘fin bon, je m’étale. J’aime bcp ton blog, au fait ^^

  12. bruno

    Et pas encore finie, j’espère.

    hé, désolé de dire ca, mais t’es trentenaire maintenant :D

    /me fuit. vite.

  13. Jiske

    HéHé mix entre AK47 et J&J…tout à fait ça! :D

    Tu crois qu’après tu vas “triper” sur le squelette? ^^

  14. Alia

    Moi, pareil, je dirais… ça fait peu de temps que je veux de l’homme, du vrai, avec sa chair, ses respiration et son odeur. Euh… par contre, l’orgasme, euh j’ai un faible pour.

  15. Aman

    @Maïa et Grande : Yoh! bienvenues au club!

    Maïa : plus charnelle n’est pas incompatible avec plus d’esprit…bien au contraire. Je dirai juste que c’est l’esprit qui accepte de plus en plus le corps, son corps.

  16. Panline

    Je n’ai pas encore éprouvé de désir vis à vis des hommes. Du moins, j’en ai pas eu l’impression.
    Je suis encore très autocentrée.
    Je fantasme plus sur moi-même que sur les autres : )
    J’ai encore un (long) chemin à faire. Il parait que c’est normal, j’ai 19 ans.

    En revanche, moi, je ne fantasme pas sur des personnages de manga, je préfère de loin ma Joséphine ; )

    J’ai hâte de voir ce que ça donnera par la suite : ) (Et en attendant, “je ne me prive pas”, pas du tout du tout ^^)

  17. Calims

    Mmm… J’arrive au même point à la fin, mais avec un autre début. Je suis accro à une personne donc je suis accro à son corps et ultra charnelle. Aucun pic libidinal particulier aussi extrême, sauf lorsque j’ai quelqu’un dans les tripes.
    Et là, bon sang, je suis jalouse -_-

  18. isie

    si avant l’éveil pur de la sexualité j’étais plutôt pareil, ça a vite changé… j’ai couché tôt, et toujours avec un homme que je voulais, physiquement ou mentalement.

    Et même à 14-15 ans je cherchais l’homme, les pas rasés, ceux qui avaient quelque chose de purement physique.
    Et ça ne fait qu’empirer. Je suis capable de fondre juste parce que je vois les muscles de l’épaule de mon homme bouger sous sa peau quand il me fait l’amour, et parce que mon homme est un tout : son odeur, sa peau, ses poils, ses mains, ses cicatrices…

    J’ai toujours été charnelle et je n’ai jamais trop intellectualiser le sexe.
    Et concernant l’envie des autres… je dois aussi avouer que j’ai essayer, beaucoup, de partenaires avant de trouver mon homme.
    Et j’ai bien l’intention que ce soit lui jusqu’au bout.

  19. Maïa Mazaurette

    grande > Je ne connais pas ta situation, mais j’ai connu pleeeeein de garçons avant de me mettre en couple. Du coup le désir est un truc qui peut m’emporter mais que je gère plutôt bien (j’estime). Tant qu’on contrôle le dérapage, pas de quoi s’inquiéter :)

    Fwed > Mais la sexualité, c’EST passer du temps avec une fille. Juste un mode plus intime de communication. Y’a pas de raison de séparer ce temps-là du reste de tes activités. Non ?

    (Mince je voudrais répondre à tout le monde.)

  20. frederique/fredoche

    la vraie news de ce texte, c’est que respecter se respecter, c’est arrêter le kebab. Mince alors. J’ai encore du chemin avant de me respecter :-D

  21. mickola

    Etant un ado franchement et en drôle de situation ca me touche … Voulais – tu dire que le plaisir recherché tu l’obtenais parfois en ayant plusieurs “copains” en même temps ? Si oui, comment tu gèrais, tu t’inquiètais vraiment de ton seul bonheur/plaisir ?
    Je sais pas j’ai beau être ouvert mais quand certaines situations nous tombent dessus comme une fille qui utilise plusieurs mecs comme ses “objets sexuels à qui elle donne de l’affection”, il y a de quoi réviser son jugement !

  22. Queen

    Arrêtez les crimes est un manque de respect total, pour soi-même et pour le monde !

    Maïa, tu ne dis pas si tes fantasmes qu’étaient pas dans J&J étaient ou non dans AK47 Magazine… parce que ça expliquerait bien des choses, notamment ton fétichisme des bleus de billes !

    Enfin, l’essentiel c’est que ce texte est superbe, et que malgré tes 30 ans j’espère que tu connaitras encore plein d’odeurs hormonées de mecs barbus, et de nouvelles mutations de ton désir ! Youh, la mobilité sexuelle par Maïa c’est quand même fascinant…

  23. Fwed

    voui voui, mais je ne fais pas exprès. Quand une fille m’intéresse vraiment, le plan physique ne compte plus du tout. J’aimerais bien ne rien dissocier ! Mais j’y arrive pas, je ne sais pas trop pourquoi.. Je ne mets pas de côté cet aspect non plus, je n’ai juste pas vraiment de désire. (ça fini par venir, mais il me faut beaucoup de temps)

  24. Cox

    Je me souviens de mes séances d’autoérotise dans mon enfance, donc le plaisir m’a toujours paru quelque chose qui pouvait se procurer par soi-même.

    Après, une fois re-réveillée par la puberté, mon activité masturbatoire s’est vite accompagné d’un intérêt grandissant pour les mecs ; je n’ai pas eu le même ressenti que toi Maïa.

    Après, dans ma sexualité, je dissocie toujours ma masturbation totalement centrée sur moi-même, et mon plaisir avec l’autre, l’un n’étant pas meilleur que l’autre.

  25. Eliza D

    Bonjour Maïa, je suis une nouvelle lectrice (britannique), très contente de vous avoir découverte.

    Très joli trajéctoire, et très normal, j’en suis convaincu.

    Moi aussi, toute petite, avant de remarquer les garçons, j’apprenais à me faire plaisir avec mon oreiller coincé entre mes cuisses. Hélas, 40 ans plus tard, j’ai toujours du mal à arriver à l’orgasme seulement grâce aux efforts d’un homme – je dois toujours finir l’acte moi-même. Je me demande si j’ai appris cette mauvaise habitude si jeune que maintenant, personne ne peut me faire autant plaisir que moi-même.

    Etant mariée, je m’intéresse beaucoup aux thèmes d’infidélité et adultère. J’espère pouvoir correspondre avec vous et vos lecteurs sur ce sujet.

    A bientôt !

  26. abfaboune

    je m’associe à tous ces messages ci-dessus pour saluer ce beau texte aussi.

    Le désir féminin, cet inconnu, beau sujet, bien traité. A suivre !

  27. Pinkilla

    Ah la notion de fidélité abordée par “Grande”. Peut-on parler de sexe et de fidélité ? Pourquoi y-a-t-il une si grande corrélation entre les deux ? Cette corrélation est-elle seulement du fait des filles ou bien des mecs aussi ?

    Et que l’on ne me réponde pas que les lecteurs ici se foutent de la fidélité sous prétexte que l’on est sur le blog de Maïa.

    D’ailleurs ça m’aigris de lire ici que des filles sont charnelles, chaudes et désireuses de mecs lorsque je meurs de faim ;-)

    D’un autre côté, ça me rassure de lire que des filles aiment le sexe …

  28. egide

    Expansion de l’apanage du charnel.

    Début des années 70. L’affirmation d’une volonté
    par l’action de relier le désir et le plaisir.
    D’abord quelques femmes dont beaucoup étaient déjà
    étaient mères et elles parlaient entre elles de leur
    expériences sexuelles.
    D’une notion abstraite qui se manifeste, qui s’extériorise,
    qui devient tangible. Le désir.
    Et ce désir est-il encore féminin ?
    Désir de chair.
    Objet de désir, elle, toujours.
    Plaire, c’est bien. De plaire encore.
    Désir de l’objet, aussi.
    Concentrique, l’investissement pour soi de la pulsion.
    Bonheur d’être soi. Un peu de vide ? On ne sait pas.
    L’étendue sans limite du monde pour le plaisir.
    Rien n’est réprimé. Pas de loi. Pas de nécessité.
    L’avidité, immodérée, orgastique, incomblé du désir des jeunes
    filles.
    Pas de frénésie, pas d’hystérie. Peut-être des stratégies.
    Pas de plénitude, le plaisir charnel un moment, c’est tout.
    Ce qui est désirable doit être vivant.
    L’objet du désir de la transparence.
    D’où vient qu’elles disent tout ?
    Quel besoin les poussent à ne rien cacher d’elles ?
    Elle délivre le savoir qu’on attend d’elle sur elle :
    Comment la faire jouir. Elle y tient quitte à faire plaisir, elle
    aussi. Elle sait qu’on la désire.
    Elle veut juste savoir non pas tant qui la désire mais pourquoi ?
    Un garçon pourrait le dire, on ne désire que ce qui nous manque.
    Et ce manque là, qui fait qu’on désire tant, on ne peut pas le combler.
    Jamais.
    On ne possédera jamais le beau, le bon, le vrai tout à la fois.
    Platon qui aimait tant les jeunes hommes l’a dit.
    l’incarnation n’est rien qu’une métaphore. L’incarnation, une image.
    Devant la chair, d’un homme ou d’une femme, il n’y a d’autre que du fantasme.

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