J-65 – L’IMMORTEL
[Normalement les deux derniers chapitres s'inversent.]
[Coupe de deux pages.] Vatican ne s’est pas défilée. Je ressens une certaine satisfaction. Elle m’attend au point de rendez-vous, sagement, son genou enroulé dans des bandages propres. Je la soutiens par le bras, non sans avoir claqué une bise mouillée sur sa joue, par pure provocation. Elle n’osera rien : ça se voit dans son regard absent, elle se pense en victime. C’est plus facile, des fois. On traverse la foule, on cherche Silence.
Et puis on trouve. Même sans guide j’aurais su. Ma certitude éclate, lumineuse, une attirance viscérale, de l’ordre du magnétisme : brusquement mon regard est happé par une personne en particulier, occupée à descendre une bouteille de champagne au goulot. Je reconnais le profil à peine entrevu le mois dernier, l’attitude résolue. Cette fois la démarche semble plus hasardeuse : trop d’alcool, sans doute. Jamais je n’aurais pensé que Silence puisse boire. Seuls les humains boivent. Les contours flottent, les trajectoires se brouillent. Mais je repère, sous les fringues outrageusement androgynes, le Glock qui dépasse de la ceinture. Alors c’est elle, la deuxième arme… celle qui a tué Alypse.
Vatican confirme d’un hochement de menton.
Trois mètres me séparent de Silence, trois mètres que je suis incapable de franchir, planté sur place, plus solidement que les arbres-torches, enraciné dans mes tergiversations. Puis un groupe passe entre nous, effaçant la présence de Silence. Balayée la silhouette, désintégrés le Glock et la bouteille de champagne. Un moment chasse l’autre. Trop tard. Je ne peux pas y croire, je cligne des yeux – toute cette mise en scène pour quoi : quatre secondes ? Les décibels et la masse des jeunes emportent tout. Reste une petite persistance rétinienne. A peine mieux qu’un mirage.
Je trépigne, paumé dans la foule, hurlant, appelant, fouillant du regard les vagues de danseurs. Inutile, je le sais. Les jeunes me regardent comme si j’avais pété les plombs. Qu’ils aillent se faire foutre. Le ridicule ne me dérange pas.
Vatican savait comme il serait facile de se laisser engloutir : il suffisait de choisir le bon endroit et le bon moment.
- Content ? demande-t-elle avec un petit sourire.
Pas le temps de répondre, elle me gifle de toutes ses forces, je sens ma tête partir violemment à gauche. Cette chienne a plus de ressources que je ne croyais. Et plus de cran. Ma joue brûle mais c’est sans importance. Je la laisse filer. On se retrouvera. Tous.
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- Anaïs on Parlons peu parlons bien
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