L’état amoureux consiste à être shooté non-stop – une drogue légale, durable, sans trop d’effets nocifs. Le produit n’est pas obligatoire mais je me verrais mal, personnellement, vivre sans. Je peux même dire que je fais pas mal d’efforts pour vivre avec. Que ce soit une fiction partagée, je m’en fous : le bonheur que cette fiction m’apporte, chimiquement, n’est pas fictif.
Le prozac se vend, alors pourquoi pas l’état amoureux ? J’y pensais en lisant cet article de rue89 sur les prostitués japonais (vous devez absolument regarder la vidéo, elle est bluffante). Je n’ai pas été choquée par le contenu. Les consommatrices, femmes, paient pour du bonheur réel, et le motif ne me paraît pas si important. La plupart de ce qui me ravit est voué à la disparition ou à l’échec (relation sentimentale comprise), mais savoir qu’un bouquin est fictif, ou qu’une religieuse au chocolat a été produite en série, ne gâche pas mon plaisir.
Avec la prostitution sentimentale, au moins, les choses sont claires. On en parle côté femmes, en ce moment, parce que les femmes ont enfin les moyens de payer. Mais les bourgeois malheureux en mariage qui entretenaient leurs maîtresses étaient exactement dans la même logique. Qu’on ne dise pas que les hommes paient pour du sexe et les femmes pour des sentiments…
On peut disserter longtemps sur ce qui devrait être gratuit. Mais de manière pragmatique, non, l’amour n’est pas toujours accessible gratuitement. Est-ce que ça veut dire qu’on doit s’en passer ? Même si on en meurt d’envie ? C’est une question à laquelle on ne peut répondre qu’individuellement. Mais moi, par exemple, je ne pourrais pas m’en passer. Si vraiment je n’avais pas le choix, si vraiment j’étais séduite, oui, je paierais pour des sentiments en plastique et du bonheur solide. Si le monde entier pensait que j’étais une pitoyable victime, mais que j’étais sincèrement heureuse dans une relation claire et sans abus de faiblesse, je paierais.
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20 Dec 2009 à 18:19
En fait, au Japon le commerce des clubs d’hôtes/hôtesses, y’a quand même une certaine parité, on dirait.
Les “hôtes”, qui sont en général des jeunes plutôt pas mal et qui ont besoin de sous, sont engagés direct et c’est en fonction de leurs gains qu’ils restent ou pas dans le club; puis à la longue, il paraît qu’il y a un genre d’accord tacite comme quoi une cliente qui revient plusieurs fois doit plus ou moins se choisir un hôte attitré et ne pas aller de l’un à l’autre, et ils en arrivent généralement à échanger leurs numéros, et le job du gars continue en-dehors aussi, il doit répondre aux appels et aux textos de sa cliente, et là du coup ça commence à se rapprocher du job de gigolo (plus répandu en Corée) sauf que le gars n’est pas indépendant au niveau des sous. Par contre après, sexe ou pas sexe, il paraît qu’en général ce n’est pas le boulot des hôtes, et que si effectivement ils couchent avec leur cliente ils peuvent se faire virer, vu que les autres filles sont jalouses… et ça entraîne des guéguerres de toute façon.
Enfin, ça peut sembler sympa comme ça, mais il doit falloir de sacrées désillusions et un bon recul pour pouvoir entrer dans ce système sans en ressortir complètement démoli.
20 Dec 2009 à 18:50
Je ne sais pas si la femme paie (ou paierait) pour du sentiment (why not ?) mais je crois que oui, l’homme paie pour du sexe.
Et à partir du moment où tu paies, tu n’as de toute façon ni l’un ni l’autre…
En fait tu paies pour voir (comme au poker) si l’idée que tu t’en fais ne correspondrait pas à une certaine réalité et ce serait tellement dommage de passer à côté pour une stupide poignée d’euros…
Et tu rentres triste et déçu en te promettant que plus jamais… mais bon, la mémoire c’est fait aussi pour oublier ! ^^
20 Dec 2009 à 20:21
On peut avoir un débat sur la gratuité et un autre disjoint sur la monétisation. Il s’agit de deux sujets différents qui délimite exactement la prostitution. L’idée que l’amour est une drogue est un peu trop utilisée à mon gout, il me semble qu’elle sert à cacher un peu ses faiblesses, ses espoirs et ses rêves. Payer permet de se déculpabiliser de sa naïveté je crois et aussi s’obliger à ressentir des choses, comme si c’était obligatoire. Mais pourquoi se sentir coupable ? Personnellement je ne me sens pas coupable, je rêve de la princesse charmante et en même temps je n’en veux pas, j’assume la contradiction (je veux même bien du mariage pour la vie qui ne dure pas toute la vie, tout ça en étant un célibataire endurci) parce qu’il ne s’agit pas d’un monde matériel, c’est le monde des sentiments. Je reconnais même être à la fois dans le conditionnement et dans la transgression.
Quant à ces bourgeois, leurs maîtresses et le bonheur (qui ne se satisfait guère d’un monde statique)… je crois qu’il s’agit d’un autre débat. Cela a à voir avec la licence de plaisir, aussi bien chez l’homme que chez la femme, l’idée de la pureté de l’enfant et la corruption de l’homme par la société, la matérialité de la sexualité au regard de l’enfantement et de sa prise en charge sociale. Aujourd’hui il est autorisé d’avoir du plaisir parce que cela n’a plus de conséquence matérielle et que l’existence de l’enfant est garantie aussi en dehors du couple. Mais la nécessité d’être en couple est toujours actuelle dans la représentation de son statut social (et donc dans la création d’une face par rapport à soi-même), c’est vrai.
20 Dec 2009 à 22:38
Parce qu’on est tous dans le cas d’être prêt à payer et à se vendre pour aimer et être aimé. Même pour de faux. Même en étant conscient qu’on n’est pas aimé, au moins on veut continuer de croire, de se faire croire ces choses. :3
Huhu c’était pas une jolie formation d’une pourtant jolie pensée, hélas.
Toujours est-il… un des derniers épisodes de South Park (Butter’s Bottom bitch) présentait des enfants qui vendaient des baisers, des bisous sur les lèvres, ainsi que des étreintes, etc. Ca donnait une image très réussie et intéressante de la prostitution, d’une façon très humaine, tendre et attendrissante.
21 Dec 2009 à 0:05
@John Craft > Donner des bisous contre des bisous ce n’est pas de la prostitution, pourtant c’est déjà de l’économie.
21 Dec 2009 à 0:39
J’avais vu ce reportage il y a un moment, et je confirme, il faut le voir. Intéressant, attrayant, bien fait… Que demander de plus quand on aime ce type de beaux garçons. Bref.
Je ne pense pas que les femmes paient tant pour des sentiments. Ce doit être le fantasme de l’homme galant. Vu la société japonaise (sans vouloir faire de généralité, ni réserver cela aux bridés), je pense qu’elles désirent voir un homme qui se soigne pour elles, qui s’érotise (en référence à un article précédent) pour leur plaire, pour les attirer. Plus que des sentiments, c’est cet effort, cette preuve d’attention qui attire. Certes, ce n’est que mon point de vue et personnellement c’est ce qui pourrait m’intéresser.
Et de cette manière, je pense que les hommes paient pour la même chose que les femmes : se croire au centre du monde dans les yeux de quelqu’un que l’on désire.
21 Dec 2009 à 9:29
En voyant ce reportage j’ai l’étrange sensation que la peur de l’autre est arrivé à un tel point qu’il est préférable de payer pour se savoir aimé plutôt que de découvrir la véritable pensée de celui qui nous fait face. Donnant alors naissance à des sortes de morts en sursis n’ayant plus rien qui ne se soit déjà dilué dans le songe sulfureux d’un petit gramme de rêve, qu’il se présente sous la forme d’une poudre, d’une graine, d’un vagin, d’une présence fictive. C’est tout aussi valable pour les hôtes qui s’auto-censure pour le « plaisir » de la cliente, devenant des marionnettes sans âme. S’accrocher à un rêve c’est fuir l’usure de la vie sur nos espoirs. C’est la création d’un futur anonyme, fantasmé, passage obligé vers l’oubli d’une réalité pourtant présente derrière les milliers d’euros dépensé.
(bien entendu cela représente le sentiment que j’ai ressenti dans ma lecture et le visionnement (ça ce dit ?) de la vidéo, donc absolument pas quelque chose que je considère comme partagé par tous ^^)
21 Dec 2009 à 10:02
La vidéo est pas inintéressante, mais elle ne montre que le côté brillant de la chose. C’est très biaisé tout ça. Pour avoir vécu sur place, et avoir un pote ayant fait host quelques années, je vous assure que c’est pas aussi naïf que la vidéo peut le laisser penser. Surtout que, chose dont il n’est absolument pas fait mention, la pègre (yakuza) est toujours derrière ce business. Avec toutes les conséquences qui s’ensuivent…
21 Dec 2009 à 10:45
Ropib, en soi, la prostitution ne consiste-t-elle pas à vendre son corps en échange de plaisir ?… des baisers et des étreintes font ça très bien, huhu.
21 Dec 2009 à 11:25
C’est impressionnant, ce sujet provoque de long commentaires!
Je pense que cette video est relativement vieille, il me semble l’avoir deja vu un an ou deux auparavant (mais je peut me tromper).
Je ne suis jamais allé a Osaka, mais a Tokyo, c’est un peu le même style. (shinjuku, shibuya,…)
J’ai d’ailleurs vu un phénomène marrant : les européennes ne sont jamais abordées (test réalisé avec différentes nana), bien que cela soit deja dit sur Rue89, il me semblais intéressant de le confirmer.
Je pense que c’est dut au fait que la présence d’une étrangère va complexer les autres clientes, et donc faire baisser le chiffre d’affaire.
En plus, (souvent) ces hôtes ne parlent pas anglais.
Par contre, je voudrais des avis féminin : ils sont séduisants ces mecs?
Si cela intéresses des gens, je suis en train de bosser sur un reportage sur le phénomène “Moe” au japon, d’ici une ou deux semaines ce sera sur mon blog.(c’est lié a la monétisation de la pauvreté sentimentale)
21 Dec 2009 à 12:39
@ neon genesis hobbie “Par contre, je voudrais des avis féminin : ils sont séduisants ces mecs?”
J’ai regardé hier cette video avec mon amoureux, et on a tout d’abord longuement douté sur le sexe de ces personnes (particulièrement lors des séances maquillages). Pour ma part, ils sont immondes. Et drôles. Ce sont un peu les Tokyo Hotel du Japon.
Mais cela n’engage que moi, vu que certaines ont l’air sous le charme… Il doit y avoir un critère culturel que je ne saisis pas (ou peut être que les yeux bridés changent la vision des choses, question qui me turlupine.)
21 Dec 2009 à 13:04
Si on paie pour des sentiments, est ce qu’on ne perd pas quelque part l’essentiel de la satisfaction qu’une relation amoureuse apporte, à savoir se sentir aimé pour ce que l’on est ?
Ce genre de pratiques me laisse perplexe, ça doit sans doute être le fossé culturel entre les japonais et moi !
21 Dec 2009 à 14:00
@Russe: “Pour ma part, ils sont immondes”, dire des gens qu’ils sont immondes ça me gène un peu… Avant tout ça reste une question de goûts et de culture, de même que dire que ce sont les Tokyo Hôtel (-____-). J’imagine mal les hôtes tomber sur un de leurs clip et se dire “Ouahou! Il a la classe, soyons comme eux!” dans l’idée c’est l’inverse. Mais comme tu le dis si bien “peut être que les yeux bridés changent la vision des choses”… Ouais ça doit être ça, ou pas!
Pour en revenir au sujet je suis tombé sur un truc qui m’a paru intéressant, la légende d’Hassan-i-Sabbaâh qui (ça reste bien évidemment un mythe) afin de former ses soldats leur faisait respirer de l’opium dans une sorte harem, de telle sorte qu’ils se crurent être au paradis. Le deale étant le suivant: “Faites ce que je vous dis et je vous renverrai au paradis” (paraphrase paraphrase). Apparemment le concept a survécu.
21 Dec 2009 à 14:25
Apparemment, il y a de tout. Les hotes avec des coiffures style Dragon Ball sont les plus connus, mais il y a d’autres styles. Ensuite, c’est vrai que beaucoup de clientes des hotes sont des hotesses, qui sont d’ailleurs devenues hotesses pour payer l’hote qu’elles aiment.
Ensuite, selon ce que j’ai entendu et vu, les hotesses vont plus flatter les clients masculins. Le but, selon le type de club, etant soit de les faire payer un max dans une seule soiree pour toucher une grosse commission sur les boissons (comme les hotes) soit de les fideliser en touchant moins sur les consommations.
Ca reste un milieu assez malsain, avec des coups de vaches de la part des clientes jalouses. Apparemment certains finissent par etre bouffes par le systeme.
21 Dec 2009 à 14:48
Je trouve ça plus dérangeant que la prostitution, ça se rapproche plus de la drogue que du sexe. Il est clair que certaines personnes ne cherchent pas que du sexe dans la prostitution mais c’est pas le but initial, ou alors c’est moi qui suis naïf. Alors que là c’est carrément assumé, le but est d’entretenir les sentiments amoureux des clientes, rendre accro.
21 Dec 2009 à 19:05
La plupart des gens qui vont aux prostitués sont plus en misère affective que sexuelle.
Je ne pense pas qu’il y est deux sortes de prostitution distincte, il y a juste un tout, plus ou moins glamour suivant l’épaisseur du porte monnaie.
21 Dec 2009 à 19:52
C’est vrai que le coté “accro” des clientes doit être bizarre… J’imagine qu’il doit y avoir le même phénomène pour la prostitution sexuelle (un client qui a “sa” prostituée favorite) mais là, c’est le but premier.
Le coté “gaga” des filles et le coté séducteur d’Iseel dans le reportage me fait penser… au lycée. Quand toutes les filles étaient amoureuse du capitaine de l’équipe de foot, et que chacune rêvait d’être sa copine, quitte à en payer les pots cassés (première fois sur dans une voiture sur le parking du Macumba, infidélité par sa meilleur-amie-pour-la-vie…).
Y’a un coté “moi je le ferais changer, ce séducteur va tomber amoureux de moi, je suis l’élue”. ça marche avec ou sans rapport monétaire…
21 Dec 2009 à 21:05
Enrya, ça n’a rien à voir avec la “culture”, mais simplement avec le fait d’être un être humain…
Si tu te sens seul ou mal-aimé, quelle que soit la forme d’amour qu’on t’offre, fausse, douloureuse, méchante, ou tout ce que tu veux, tu la prends quand même, parce qu’au moins c’est de l’amour…
21 Dec 2009 à 21:57
Perso j’aime pas tellement les coiffures, mais il me semble que c’est super fashion au Japon alors…
Je pense que s’ils évitent les Européennes, ce n’est pas seulement à cause de la barrière linguistique, mais de la barrière culturelle en général : comment deviner les attentes d’une personne d’une autre culture que la tienne ?
21 Dec 2009 à 23:08
@John Craft > Ben je crois que la prostitution ça consiste à vendre ce qu’on pense devoir faire partie de notre intégrité contre une marque de valeur, la soumission de l’identité à un fétiche. Ca peut être le corps, les sentiments… n’importe quoi, ça dépend des gens mais y a des grandes lignes et il y a le plus souvent (c’est parfois une nécessité) consensus de la part des deux parties. Une chose contre une chose de même nature ça ne peut pas être de la prostitution.
22 Dec 2009 à 0:04
en pleine dépression capillaire actuellement, j’ai bloqué sur leur coupe de cheveux…. Mazette ! En dehors de ce capillo-choc, ça ne me viendrais pas à l’idée de payer pour me faire mener en bateau, je deteste dejà ça en temps normal (et renvoie volontiers le baratineur à son baratin…) J’ai passé l’âge de croire que le plusse beau des bad boy craquera pour moi, changera pour moi, que je serais l’Elue et blablabla ! (oui un jour j’y ai cru ! un jour seulement !) Suis-je trop cynique, ou elles trop déconnéctées ? °O
c’est déprimant, je préfère écouter pousser mes cheveux….
22 Dec 2009 à 2:29
Effectivement on ne peut pas dire que les hommes paient pour du sexe et les femmes pour des sentiments. Parce que sexe et sentiments se confondent nécessairement dans les besoins d’un être humain qui, par le recours à la prostitution, a la volonté de forcer le cours des choses qu’il considère trop sévère à son égard.
Pour ma part – j’en suis assez sûr maintenant pour tenter de l’exprimer – j’agis dans le but inverse : j’essaye de me détacher de tout besoin sexuel et sentimental envers autrui que je juge désirable. Parce que je désire m’accomplir autour de ma seule personne, à l’exclusion des autres. De manière plus simple, mais peut-être moins juste, je veux m’accomplir dans mon projet de carrière donc je rejète toute influence affective, qu’elle soit sexuelle ou sentimentale… Et c’est mon premier post sur ce site. Bravo à Maïa pour cette création.
22 Dec 2009 à 11:47
@Monsieur Regard: Je me demandais, est-ce bon d’essayer de se détacher de cette pulsion? Je veux dire que s’accomplir dans un projet professionnel et personnel est tout à ton honneur, mais ne penses-tu pas que les sentiments, le sexe, la force qui te maintient lorsque tu travailles, que tout ça est liée? Rejeter toute influence affective, à mon sens, empêche de cerner ses propres contours, on ne se connait jamais vraiment qu’à travers celui/celle qui nous fait face comme dirait l’autre.
Maïa penses-tu vraiment que l’état amoureux est d’être shooté à longueur de temps? Des mélanges détonnant il en existe beaucoup, mais de fait jamais le contre-coup n’est aussi violent que dans la déception amoureuse et de là provient le grincement de dent. “J’aimais aimer, mais je n’aimais pas” (Saint Augustin) j’ai l’impression que les gens se fourvoie en plaçant l’amour sur un piédestal, comme si l’autre était LA solution à nos emmerde, LE Prozac ultime. Comme si la souffrance s’arrêtait là où la relation commence alors qu’elle ne la rend que plus supportable.