Gestuelle du refus catégorique
Malgré tous vos efforts, le pire est arrivé : une fête super sympa, des jolies filles, des hommes pleins d’abdominaux, du champagne, des phéromones qui rendent les corps luisant de désir, des petits fours allégés, des strings qui dépassent – bref, le neuvième cercle de l’Enfer.
Balancer un râteau n’est pas facile. Nous autres égoïstes avons une âme (là, au fond). Nous connaissons le sentiment de compassion, même si nous ne le pratiquons pas. Torpiller l’amour-propre de quelqu’un, piétiner ses émotions et jeter son cœur dans le four micro-ondes le plus proche en activant le mode 800 watts ne nous amuse pas (à 900 watts, on en reparle).
Nous préférons donc éviter de déclarer nos râteaux. On peut infliger des râteaux d’yeux, de claquement de langue, de non-réponse à un coup de fil, de profil sur Meetic. Prenons un exemple classique de râteau non-verbal : en boîte de nuit, vous essayez de danser (seul face à un mur, ou enfermé dans les toilettes afin que personne ne vous approche), et là – blam, le piège. Une rousse incendiaire vient frotter son plancher pelvien sur votre cuisse. Réponse pleine de compassion : la laisser en plan. Cet exemple typique de pré-râteau vous épargne le véritable râteau.
En conséquence, tout ce qui peut passer par le corps DOIT passer par le corps. C’est plus simple et ça fait moins mal. S’efforcer de tourner le dos à tout le monde, en permanence, en se collant au bar, est un début honorable (ainsi qu’une bonne manière de boire trop). Trépigner, regarder sa montre, soupirer, adopter une attitude fermée avec les bras croisés, faire des scoubidous, terminer sa grille de Sudoku niveau 6 sur son téléphone portable, sont autant d’armes faciles à utiliser – mais en toute circonstance, le véritable adepte de la Voie du Râteau préférera la fuite. Déjà parce que tout le monde ne comprend pas le langage du corps. Ensuite parce que c’est plus humiliant.
Nous autres égoïstes avons une âme, mais nous ne sommes pas obligés de nous en servir.
(Le Guide du Râteau est blindé de copyright afin de protéger les illustrations d’Arthur de Pins, alias le Dieu de l’Illustrator.)
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30 Jan 2010 à 12:49
J’inaugure ce post de mon premier commentaire, en remarquant que tu as du avoir des problèmes de grille de sudoku niveau 6 en écrivant ce livre, pour t’en servir autant comme exemple. Non ? Pour tout dire, mon portable ne fait pas sudoku, et je ne suis pas passionné. C’est si dur que ça, les grilles niveau 6 ?
30 Jan 2010 à 22:10
C’est ça le paradoxe.
Dans les jeux de l’amour et du hasard,
les jeux sont faits bien avant la naissance et
le hasard n’y est pour rien.
Aussi les femmes beaucoup et les hommes parfois sont
condamnés à ratisser sec.
Parfois, certain(e)s le regrettent.
Quoique.
Avant, il y a longtemps déjà. Quand les filles et les garçons
étaient soigeusement séparés jusques tard dans la vie. On révait.
La Rencontre.
On pouvait être dans les conditions pires. L’espoir de la
Rencontre était chevillé à l’âme plus que la faim ou la soif au corps.
Oui. Dans les conditions pires infra-humaines le simple fait que l’Autre
soit à portée déclenchait des rêves fous.
Aujourd’hui, c’est la compulsivité. D’une rencontre à l’autre.
Le rêve c’est la Prochaine rencontre.
Parce que rencontrer, maintenant, c’est tous les jours.
Rateux quotidiens garantis.
Aussi le plus difficile c’est de ratisser le(a) premier(e).
Les filles très expertes gagnent souvent.
L’embêtant, c’est quand, malgré l’indifférence non-feinte, le mode, j’ai pas vu
clignotant, même quand les multiples coups de râteau infra-lingaux ont échoué, il va falloir
y aller du râteau explicite et ferme !
Moi, de toute façon, je suis lâche, ratissé ou ratisseur, je n’ai de courage que pour la fuite !
31 Jan 2010 à 19:45
Je le vis bien.. :)
J’aime beaucoup ton blog Maïa, et je profite de cet article où mon prénom apparait, pour te le dire.
May the force be with you